Ce que les Guinéens doivent savoir sur le blogueur Makaila Nguebla

Le blogueur Makaila Nguebla

Le blogueur Makaila Nguebla

Il a été soumis à des interrogatoires sévères par la police Sénégalaise avant d’être expulsé vers la Guinée. Le courageux et encombrant blogueur Tchadien Makaila Nguebla est arrivé à Conakry dans les conditions catastrophiques que la Toile et les organisations de défense des droits de l’homme… n’arrêtent pas de décrier. Makaila découvre la Guinée pour la première fois mais curieusement, il se trouve qu’il a rendu d’énormes services à nos compatriotes qui se sont refugiés au Sénégal fuyant les périodes chaudes que la Guinée a traversé ces dernières années.

J’ai appris les nouvelles de l’expulsion de Makaila – que je ne connaissais pas – grâce aux tonnes de tweets qui venaient de @lettegubert et de @cypher007 notamment. Dès que j’ai eu les contacts de Makaila, je me suis précipité pour le rencontrer et lui apporter un soutien moral. Quelque part à Conakry, je trouve ce jeune homme très anxieux, sans doute dépassé par les événements. Je me suis présenté à lui et je lui ai  parlé de la forte mobilisation de la blogosphère sénégalaise. Très ému, il cherche à envoyer un tweet:

Il m’a longuement expliqué ce qui lui est arrivé: « Ils ont voulu m’extradé vers le Tchad. D’après les informations que j’ai reçues à partir d’ici, la police m’attendait à l’aéroport de N’Djamena. Alors, même si je ne connais pas la Guinée,  je peux dire que c’est une chance pour moi d’être là. » Ayant compris la gravité de sa situation, j’ai envoyé des tweets pour exprimer mon inquiétude:

Je reste pessimiste quant à la sécurité de Makaila en Guinée. Cependant, je fais confiance à nos autorités et j’ose espérer qu’elles se démarqueront du Sénégal et de la Tunisie en résistant à la pression tchadienne.

Car Makaila a été le premier à rendre service aux Guinéens qui se trouvaient dans des situations semblables au Sénégal. Je l’ai su à travers Lamine Kaba, le président de l’Action de la Jeunesse Guinéenne pour l’Aide au Développement et à la Prospérité (AJGADEP). Cette association créée par la diaspora guinéenne se trouvant au Sénégal est très active depuis 2006. C’est dans les médias que Lamine Kaba, actuellement à Conakry, a appris les nouvelles de l’expulsion de Makaila :

« Quand j’ai entendu que le Sénégal a expulsé Makaila, j’étais vraiment bouleversé. Je connais très bien ce journaliste qui a apporté tout son soutien à notre association à Dakar. C’est pourquoi j’ai cherché à le rencontrer pour témoigner de tout ce qu’il a fait pour les Guinéens », dit-il.

Le Président de l’AJGADEP poursuit son témoignage : « En juin 2006, la manifestation des élèves à l’approche du Bac a été réprimée à Conakry, faisant des morts et plusieurs blessés. Notre association a évacué une dizaine de blessés pour les soigner au Sénégal. Un jour, nous avons organisé une manifestation devant l’ambassade de Guinée à Dakar. La police est venue nous arrêter. Makaila faisait partie des journalistes qui sont venus nous interviewer. Il s’est montré très sensible à la cause que nous défendions. Je me rappelle que le Président Alpha Condé, opposant à l’époque, est intervenu auprès de son ami Ousmane N’Gom qui était le ministre de l’administration pour notre libération…

Et ce n’est pas tout. Pendant les crises de 2007, nous avons également évacué plusieurs blessés dans les mêmes conditions. Makaila a joué un grand rôle en cette occasion. Nous, étudiants, nous n’avions pas de moyens. Il fallait communiquer pour mobiliser la diaspora, les institutions et les ONG pour lever des fonds d’aide à ces victimes. A chaque fois qu’on  en avait besoin, Makaila nous invitait dans son émission « Bande des refusés » qu’il aminait à la radio Manoro FM. Cela nous a beaucoup aidé dans nos démarches…

Ce qui m’a surtout marqué, c’est le soutien qu’a apporté Makaila aux victimes du massacre du 28 septembre. Lorsque les femmes victimes de viol sont arrivées à Dakar, c’est encore Makaila en personne qui a mené des démarches pour leur trouver un logement pendant qu’elles n’en avaient pas. Je peux dire donc que c’est quelqu’un qui doit être soutenu par tous les Guinéens », conclut-il en substance.

Makaila Nguebla a besoin du soutien de la Guinée

Ce témoignage prouve à suffisance que Makaila est, au delà d’être blogueur, un humanitaire qui a longtemps rendu service à la Guinée sans imaginer un seul instant qu’il aurait besoin de la protection de l’Etat guinéen et du soutien de tous les Guinéens.

Les autorités guinéennes doivent lui retourner l’ascenseur au plus vite. Elles doivent mettre fin à son insécurité judiciaire en lui accordant l’asile politique pour ouvrir la voie à d’autres démarches lui permettant de se mettre à l’abri de l’acharnement du régime d’Idris Déby. Je reste convaincu que la Guinée peut bien refuser de le livrer à N’Djamena, mais elle ne pourra pas empêcher Idris Déby qui a influencé la Tunisie et le Sénégal d’attenter à la vie du blogueur, qu’il recherche depuis plusieurs années.

Je ne suis pas le seul à partager cet avis. Depuis son arrivée, il bénéficie du soutien indéfectible du Conseil National des Organisations de la Société Civile Guinéenne (CNOSCG), des organisations de défense des droits humains et de la solidarité de la presse. Aziz Diop, secrétaire exécutif du CNOSCG, est aussi inquiet que moi :

Aussi, il faut dire que Makaila a été très touché par la façon dont Kalifa Gassama Diaby, ministre des droits de l’homme, l’a reçu dans son bureau. J’ai fait un livetweeting autour de ce périple que nous avons fait ensemble avec les responsables du CNOSCG. En voici quelques tweets :

 

6 réflexions sur “Ce que les Guinéens doivent savoir sur le blogueur Makaila Nguebla

  1. Je rêve vraiment qu’il soit bien accueilli en Guinée. Cependant, je suis très triste pour ce qui l’arrive. Mais, j’ai foi en l’avenir et qu’il sache que du Cameroun ou je me trouve, je le soutiens énormément…

  2. Boubacar 2 dit :

    J’ose croire qu’il est dans des bonnes mains. Bien qu’on en parle pas beaucoup de lui. Hospitalité Guinéenne et le panafricanisme voudraient qu’il soit bien traité dans mon beau pays.

  3. Quelqu’un s’est longtemps battu pour nos compatriotes rencontrés ailleurs, je crois qu’il mérite d’être soutenu une fois que le destin a voulu qu’il soit chez nous. Je prie Dieu qu’il lui vienne en aide pour que ses conditions de vie s’améliorent. Et surtout nos autorités doivent refuser tout marchandage avec le régime autoritaire de Deby.

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